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Rêves et cerveau, quel lien ?

PUBLIÉ LE : 11 mars 2021

Catégorie(s) : Vu sur le web, Revue scientifique Thématique(s) : Mémoire, Cerveau, Rêves, Émotions
Les rêves sont indispensables à notre équilibre psychique.
Visuel d’illustration de l’article "Reves et cerveau, quel lien ?"

Depuis les débuts de l’humanité, l’évolution a permis à l’Homme de sélectionner uniquement les caractéristiques essentielles à son bon fonctionnement en supprimant celles qui ne lui apportaient pas d’avantages psychologiques ou physiologiques. Partant de ce fait, il est donc tout à fait logique de considérer que les rêves jouent un rôle important dans notre bon fonctionnement, autre que celui de simplement émerveiller nos nuits.

L’origine des rêves

Le sommeil peut se définir comme un changement d’activité cérébrale au cours duquel on distingue trois grands cycles :

  • L’endormissement
  • Le sommeil à ondes lentes
  • Le sommeil paradoxal

Les cycles de sommeil à ondes lentes et de sommeil paradoxal alternent entre trois et cinq fois durant une même nuit. Même si  nous rêvons également durant les périodes de sommeil à ondes lentes, les rêves s’apparentent davantage à des pensées ou des ruminations ; ils sont moins riches en imagerie sensorielle, moins intenses en émotions et moins narratifs que durant les périodes de sommeil paradoxal.

Au cours de cette dernière phase, l’activité cérébrale est très forte et désynchronisée, semblable à celle observée à l’éveil au repos, et des signes évidents d’activité tels qu’une respiration rapide et des mouvements oculaires peuvent être observés alors même que nous restons immobiles. C’est Michel Jouvet, un chercheur français, qui découvre cette phase à la fin des années 1950. Pour le chercheur « il est évident que notre état ressemble à un éveil, à cause de l’activation corticale qui simule un véritable éveil actif : ce serait alors un éveil paradoxal puisque le seuil d’éveil augmente ! », d’où le nom qu’il lui attribue « sommeil paradoxal ».

Pendant le stade de sommeil paradoxal, l’activité cérébrale est localisée le long des régions motrices et visuelles occipito-temporales, ce qui est cohérent avec le contenu visuo-moteur des rêves dans cette phase de sommeil. Inversement, l’activité du cortex pariétal et préfrontal,  impliqué dans l’esprit critique, est désactivé pendant le rêve. Cela provoque donc des pensées illogiques, des discontinuités temporelles et une désorientation (Schwartz, Maquet, 2002). L’inactivité de ces régions du cerveau pendant le sommeil est probablement aussi responsable du fait que les éléments bizarres des rêves ne sont pas reconnus comme incompatibles avec notre conception du monde et de nous-mêmes.

Les rêves nous aident à maîtriser nos émotions

Le rêve, généralement associé à un sommeil récupérateur, semblerait avoir une autre utilité : nous aider à renforcer les zones cérébrales responsables du contrôle des émotions. En effet, les rêves, parce qu’ils sont riches en émotions fortes, joueraient un rôle spécifique dans la gestion des émotions de la vie réelle.

Plusieurs théories récentes soutiennent de façon complémentaire le rôle fonctionnel des rêves dans la gestion des émotions :

Théorie 1

Une première théorie, appelée la théorie de la simulation de la menacethreat simulation theory »), a été proposée par le psychologue et philosophe finlandais Antti Revonsuo. Selon cette théorie, les rêves nous aideraient à réagir de manière adaptée et efficace aux situations dangereuses dans la réalité. Trois types d’observation étayent aussi cette première théorie :

  • premièrement, la grande fréquence des émotions dans les rêves, en particulier celles négatives liées à des dangers potentiels (fuite…) ;
  • deuxièmement, le fait que les personnes traumatisées font fréquemment des cauchemars leur faisant revivre les faits traumatisants ;
  • troisièmement, la forte activité de l’amygdale pendant le sommeil paradoxal qui favoriserait des expériences oniriques émotionnellement négatives (mais pas uniquement).

Dans ce cadre théorique, le rêve nous permettrait de simuler les comportements à adopter face à des situations menaçantes, mais sans être réellement exposé au danger. Ainsi, en nous exerçant dans nos rêves, nous entretenons nos capacités de réagir efficacement à des situations dangereuses en cas de besoin, même lorsque nous ne sommes pas confronté.es à celles-ci dans notre quotidien.

Cette première hypothèses a été vérifiée dans une étude réalisée par des chercheurs de l’Université de Genève (UNIGE) et des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) qui a permis de démontrer que la peur que l’on ressent dans un rêve peut aussi nous préparer à affronter les situations stressantes de la réalité. En effet, en analysant l’activité du cerveau de 18 participant.es pendant une nuit, les chercheurs ont pu identifier 2 régions cérébrales, l’insula et le cortex cingulaire, impliquées dans le sentiment de peur durant le rêve :

  • L’insula est aussi impliquée dans l’évaluation des émotions à l’éveil, et s’active systématiquement en cas de peur ;
  • Le cortex cingulaire est impliqué dans la préparation des réactions motrices et comportementales en cas de danger.

En conclusion, ce sont les mêmes zones qui sont activées en cas de peur, que ce soit durant l’éveil, ou durant un rêve au cours du sommeil.

Théorie 2

Selon la seconde théorie, proposée par Tore Nielsen, psychologue à Montréal, et son équipe, les rêves atténueraient la connotation négative d’événements inquiétants ou traumatisants en les réactivant dans un autre contexte.

En effet, pendant un rêve, il arrive souvent que nous visualisions des détails associés à un événement effrayant. Par exemple, après avoir été attaqué par un chien méchant dans un champ, nous rêvons de certains détails de cette scène qui apparaissent dans un contexte nouveau qui, lui, n’est pas effrayant. Ainsi, nous nous promenons dans un champ, le chien est attaché dans sa niche. Le rêve permettrait ainsi de faire l’expérience de nouvelles réactions émotionnelles face à des éléments liés à la situation traumatisante (nous n’avons pas peur du chien, puisqu’il est attaché) et d’oublier les réactions initiales émotionnellement fortes (nous n’avons plus peur des chiens).

Le rêve permettrait la diminution de l’impact affectif ou « extinction émotionnelle » des mauvais souvenirs en activant certains aspects de ces souvenirs sans les relier au stimulus inconditionnel désagréable. Pendant le sommeil paradoxal, le maintien de l’activité du cortex préfrontal médian, une région connue pour le contrôle inhibiteur qu’elle exerce sur l’amygdale, servirait donc une fonction libératrice du rêve. On sait, par ailleurs, que le cortex préfrontal médian joue un rôle dans l’attribution d’intentions à autrui. On peut donc supposer que, lorsque cette région s’active en même temps que l’amygdale, le rêveur confère des pensées et des émotions aux personnages de ses rêves. Le rêve mettrait ainsi en place une forme de jeu de rôle qui faciliterait la résolution de conflits interpersonnels.

Cette deuxième théorie est en accord avec plusieurs études de psychologie qui ont confirmé le rôle purifiant du rêve et son importance dans des processus de mémoire. Par exemple, une série de travaux sur les rêves de femmes engagées dans une procédure de divorce ont montré que celles qui, dans leurs rêves, incorporaient des éléments du divorce en lien avec d’autres éléments de mémoire présentaient une meilleure adaptation à leur nouvelle situation et souffraient moins de dépression que celles qui n’intégraient pas l’expérience du divorce dans leurs rêves ou n’en rêvaient pas (Cartwright et al., 2006).

Le sommeil et les rêves, une aide à la mémorisation ?

Selon les études actuelles, le sommeil et les rêves que nous faisons sont absolument indispensables à notre développement cérébral, et plus particulièrement à la consolidation de notre mémoire.

Selon le Dr. Sophie Schwartz du Sleep and Cognition Neuroimaging Laboratory de l’Université de Genève, « Durant la journée, nous sommes constamment en train de sélectionner des éléments de notre environnement. Mais nous sommes incapables de retenir l’ensemble des stimuli auxquels nous sommes confrontés. Nous retenons donc les éléments qui nous interpellent, comme par exemple ceux qui nous touchent émotionnellement. Nous pourrions croire que cette activité cérébrale intense de mémorisation cesse lorsque nous dormons et que nous sommes coupés de tout stimulus extérieur; or ce n’est pas du tout le cas, bien au contraire ! Le traitement sélectif que nous opérons durant toute la journée est renforcé par notre sommeil, et sans doute par nos rêves. ». Ainsi, il a été prouvé que les cellules cérébrales qui s’activent lors d’une tâche motrice ou cognitive exercée durant la journée (par exemple, l’apprentissage d’une partition de piano) se réactivent de façon spontanée durant notre sommeil, renforçant de cette façon notre traitement sélectif diurne et notre travail de mémorisation. « Au-delà de cette consolidation, précise le Dr. Schwartz, il se met en place également une réorganisation de la mémoire ; bref, une véritable gymnastique cérébrale nocturne indispensable. ».

La phase des ondes lentes du sommeil profond semble plus importante que la phase de sommeil paradoxal pour la mémoire. La «rumination» cérébrale qui survient lors de notre sommeil et nos rêves est intrinsèquement liée à notre propre développement cognitif.

Sharers, n’ayez plus peur de vos cauchemars, c’est une façon pour votre cerveau de traiter vos expériences et vos émotions ! En revanche, si les cauchemars persistent, n’hésitez pas à consulter un.e psychologue.

LB

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Publié le 10 mars 2021
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