Etude i-Predict, des sage-femmes comme référentes

Infections Sexuellement Transmissibles, Chlamydia, flore vaginale, gynécologie, auto-prélèvements, sont des mots qui dominent le jargon de l’étude i-Predict, et pour les utiliser à bon escient qui de mieux que des sages-femmes ?

S’investir dans l’étude i-Predict, c’est faire avancer la recherche sur les infections à Chlamydia, et c’est aussi bénéficier d’un suivi pendant 2 ans par des sages-femmes.

En effet, lors de la visite d’inclusion (première visite obligatoire pour participer) les volontaires sont accueillies par des chargées de recherche clinique en charge de l’étude. Ces dernières, sages-femmes de formation, seront leurs référentes tout au long de l’étude et les jeunes filles pourront à tout moment les solliciter pour n’importe quelle question d’ordre gynécologique.

A l’issu des 2 ans, les volontaires passent un bilan gynécologique complet lors de leur visite finale dans un des services d’urgences gynécologiques partenaires de l’étude.

Afin de mieux comprendre comment se déroule l’étude i-Predict, plongeons-nous au cœur de l’étude, avec les sages-femmes Laure Zanoto (Paris) et Marine Rondos (Bordeaux), qui nous expliquent leur rôle et nous livrent les coulisses de l’étude.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, en quelques mots quel est votre parcours de sage-femme ?

Marine Rondos (MR) : « Diplômée de l’École de sage-femme de l'Université de Montpellier, j'ai complété mon cursus par un Master en Statistiques des Sciences de la Santé. J'ai ainsi pu travailler sur les données contraception des étudiantes participantes à i-Share. Depuis 2017, j'ai rejoint i-Predict en tant que chargée de recherche clinique et investigatrice clinique. En parallèle, j'effectue aussi des consultations gynécologiques à l'Espace Santé Étudiant de Bordeaux et des remplacements chez des sages-femmes libérales auprès des femmes enceintes et nouveau-nés. »

Laure Zanoto (LZ) : « Sage-femme depuis un peu plus de 10 ans, j'ai exercé jusque-là à l'hôpital aussi bien en salle de naissances qu'en suivi pré ou post natal. Je suis également diplômée en échographie obstétricale. Depuis septembre, je travaille exclusivement pour i-Predict où je m'occupe du recrutement des participantes dans l'étude. »

A propos de i-Predict, quel est le rôle des chargées de recherche clinique (CRC) dans l’étude ? 

MR : « C’est de proposer l’étude aux étudiantes, et si elles sont intéressées pour participer, c’est leur expliquer les modalités, recueillir leur consentement, et leur faire réaliser le premier auto-prélèvement. Ensuite pendant 18 mois, assurer le suivi individualisé des participantes dans l’étude (vérifier que les questionnaires sont bien remplis et les auto-prélèvements réalisés, répondre aux éventuelles questions et problématiques des jeunes femmes), et enfin programmer leur visite finale et s’assurer qu’elle a  bien été effectuée, puis clôturer leur participation. »

LZ : « On leur présente également l’implication que ça représente de participer, ainsi que toutes les informations réglementaires à  savoir. On est les référentes tout au long de l’étude pour les jeunes filles. Les participantes peuvent nous contacter à tout moment par mail ou téléphone. »

Quel est l’impact de votre métier de sage-femme dans votre rôle de CRC au quotidien ? 

MR : « L’avantage c’est que j’ai des connaissances sur le plan médical. Cela permet de pouvoir répondre aux interrogations des participantes, pas forcément liées à la recherche,  comme des questions sur leur contraception ou leur suivi gynécologique. C’est aussi l’occasion de les réorienter et de faire leur suivi.  Concernant Chlamydia, ça me permet d’expliquer plus précisément les risques, les conséquences, et ce que l’on peut faire,  avec des données cliniques et médicales un peu plus poussées. Le fait d’être sage-femme, permet aussi de mieux diagnostiquer les douleurs identifiées par les jeunes filles, et les réorienter en fonction.»

LZ : «Etre sage-femme donne la possibilité de signatures des consentements de participation à l’étude, ce qui permet aux  jeunes filles d’avoir un seul interlocuteur : nous.  Le petit plus, c’est aussi que notre formation nous permet de savoir lire les fiches d’observation médicale lors des passages des jeunes filles aux urgences gynécologiques, et donc d’identifier les choses importantes pour l’étude.»

Les jeunes filles connaissent-elles Chlamydia ?

MR : « Les étudiantes en santé connaissent. Mais globalement c’est 50/50. Certaines savent que ça existe, mais pensent que c’est un peu comme un rhume. Elles n’ont pas forcément connaissance des complications que cette infection peut entrainer. »

LZ : « Les jeunes sont assez peu informées sur Chlamydia. Elles ont bien en tête le VIH, les hépatites, mais ne connaissent pas vraiment cette infection. Les étudiantes en santé en revanche, en ont déjà entendu parler. Par ailleurs, certaines connaissent Chlamydia  parce qu’elles ont déjà été infectées, et d’ailleurs elles trouvent l’étude i-Predict géniale, vu que le dépistage systématique n’existe pas, mais aussi parce que ça permet d’informer davantage sur cette bactérie »

Est-ce une IST qui fait peur ?

MR : « Pour certaines, c’est comme une mycose, on prend un traitement et c’est fini. Mais quand on commence à aborder les complications que ça peut engendrer (infertilité,…) ça interpelle davantage. »

LZ : « Le fait de leur présenter directement que c’est une infection dont on guérit facilement, peu parfois rassurer un peu. »

Qu'est-ce qui motivent les jeunes filles à participer à l’étude ?  Comment connaissent-elles l'étude ?

MR : « A Bordeaux, beaucoup participent déjà à la cohorte i-Share et en ont entendu parler par i-Share. Pour elles, i-Predict c’est la suite de leur investissement dans la recherche. »

LZ : « On observe un mécanisme de bouche à oreille. Les jeunes filles en parlent entre elles, et  certaines se présentent spontanément au  service de médecine préventive en disant « j’ai une amie qui m’a parlé de l’étude, est-ce que je peux participer ? »

Le fait que vous soyez sage-femme est quelque chose de rassurant pour les jeunes filles ? 

MR : « Peut-être. En tout cas le fait que ce soit un auto-prélèvement à faire aux toilettes ça rassure parce qu’il n’y a pas d’examens. »

LZ :   « Je donne beaucoup de conseils, les jeunes filles se sentent en confiance, elles me posent plein de questions, et  j’oriente beaucoup d’entre elles  vers les praticiens concernés. »

Aux yeux des étudiantes, pourquoi c’est important de participer à l’étude i-Predict ?

MR : « Pour certaines c’est la continuité de i-Share. Et pour beaucoup, ce qu’elles trouvent intéressant c’est le dépistage tous les 6 mois, malgré que certaines auront leurs résultats uniquement à la fin de l’étude. On observe également que la participation à i-Predict sensibilise les jeunes filles au dépistage en général. Cela amène à une prise de conscience sur les IST, et certaines participantes viennent à prendre rendez-vous pour des consultations dépistage. »

LZ : « Pour beaucoup c’est une façon de faire avancer la recherche,  pour d’autres c’est rendre service,  ou encore certaines voient la finalité du dépistage systématique notamment lorsqu’elles ont été confrontées directement ou indirectement à l’infection Chlamydia. D’autre part, l’annonce des problèmes de fertilité que peut engendrer cette IST fait beaucoup écho dans l’esprit des étudiantes. »

Votre rôle de CRC est différent de votre métier de sage-femme, qu'est-ce qui vous intéresse aujourd'hui dans ce poste ?

MR : « Ayant un Master dans la recherche, je voulais continuer, et i-Predict c’est pour moi une expérience dans la recherche clinique, en gérant un essai de A à Z. Je fais le lien entre i-Share, l’Espace Santé Bordeaux et l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (APHP), tout en suivant le bon déroulement de l’étude. »

LZ : « Je suis une sage-femme hospitalière spécialisée sur la période grossesse/accouchement et cette expérience au sein de l’étude i-Predict m’apprends beaucoup de chose sur le plan suivi gynécologique hors grossesse.  Ça me donne envie d’en savoir davantage et pourquoi pas, à terme, passer un DU de gynécologie pour les sages-femmes. D’autre part, grâce à ce rôle aux contacts des étudiantes je garde l’aspect humain et relationnel du métier de sage-femme. »

Quelque chose à ajouter ?

MR : « Il faut participer ! Ça ne fait pas mal et ça ne demande pas beaucoup de temps. C’est peu contraignant, les prélèvements sont tous les 6 mois, et ils sont envoyés à domicile. »

LZ : « Tout se fait à distance. On envoie tout le matériel par voie postale, les enveloppes sont affranchies pour nous retourner les auto-prélèvements, et les questionnaires se font en ligne quand les jeunes filles le souhaitent (soir, weekend, …). »

 

Derrière ses enjeux de santé publique et sa recherche à échelle nationale, l’étude i-Predict, grâce à ses sages-femmes, entretient pendant toute la participation un vrai contact humain avec chaque participante, et leur offre un suivi de qualité.

Ne vous posez plus la question Mesdames, participez à i-Predict !

 

JD / JT / EDA

 

Photo by Ani Kolleshi on Unsplash